La famille

Au sein de la société des Royaumes, l’unité de base n’est pas l’individu mais bel et bien la famille.
Une cellule familiale est en général constituée par les parents (père et mère), les fils (ainsi que leurs épouses s’ils sont mariés) qui peuvent éventuellement aller fonder leur propre foyer s’ils en ont l’envie et les moyens, et les filles non mariées.
Ces membres d’une même famille vivent dans la même demeure et font corps au regard de la société. Ainsi, dans certains États, une famille entière peut être punie pour le crime d’un seul. En contrepartie, la gloire d’un membre rejaillit sur toute sa famille.

Autorité et hiérarchie

Le père est considéré comme le chef incontesté de sa famille. Son autorité morale s’exerce sur ses enfants, les fils jusqu’à leur majorité, au-delà de laquelle ils sont encore tenus de respecter la sagesse paternelle, et les filles jusqu’à leur mariage. La mère jouit d’une autorité inférieure à celle de son époux mais elle est tout de même considérée comme le chef de famille en l’absence de celui-ci. Si d’ailleurs le père meurt avant que le premier héritier mâle ne devienne majeur, c’est à la mère qu’échoit le rôle de chef de famille officiel. Au sein de la fratrie, les frères doivent obéissance à leurs aînés et les sœurs à leurs frères, indépendamment de leur âge.
Les enfants ne sont pas considérés comme des membres de la société jusqu’à ce qu’ils atteignent leur majorité. Avant cela, leurs parents sont responsables d’eux, aussi bien moralement que pénalement. La majorité est à seize ans pour les filles et les garçons.

Épouses et concubines

Le mariage ne concerne les jeunes gens qu’à partir de l’âge de leur majorité. Bien souvent arrangé par les familles chez les aristocrates ou les hauts-fonctionnaires, il permet de nouer des alliances ou de rapprocher des maisons en froid. Il est alors souvent fait appel à un entremetteur, qui va négocier l’accord marital en vérifiant la virginité de la jeune fille ou en fixant le montant de la dot par exemple, faisant la navette entre les deux familles afin que tout se déroule au mieux. Les sentiments personnels des jeunes gens concernés par ces tractations n’entrent évidemment pas en ligne de compte, ce qui ne manque pas de créer nombre de drames dont se nourrissent les conteurs…
Dans les familles pauvres et parmi le peuple, les mariages sont plus affaires d’entente entre voisins et l’amour peut s’y voir accorder une certaine place.
Pour les nobles sans charge, le mariage permet de nouer des alliances et d’acquérir prestige et influence, afin de reprendre l’ascendant sur une société qui les ignore ou de se concilier les faveurs d’un clan.
Les mariages entre personnes de Royaumes différents sont chose courante, l’épousée prenant évidemment la nationalité de son mari.
Une fois les accords passés, les fiançailles sont déclarées et les futurs épousés se doivent plus se voir avant leur mariage. Rompre ces fiançailles est toujours me affaire délicate, surtout dans les familles aristocratiques. Cela nécessite de la diplomatie et implique souvent des questions d’argent ou de vengeance…
La cérémonie de mariage se déroule en général ainsi, à quelques détails près selon les Royaumes ou les régions : le fiancé se rend chez sa future épouse, vêtue de rouge et le visage recouvert d’un voile, afin de la conduire chez ses parents. La jeune fille s’incline devant l’autel des ancêtres de sa nouvelle famille. Les mariés sont alors reliés par une bande de tissu rouge et ils échangent des coupes d’alcool. Le mariage est ensuite consacré. Les gens superstitieux font en général appel à un taoïste mais les lettrés, méprisant les croyances populaires, se contentent d’une cérémonie civile en présence d’un représentant de l’Etat. Un grand banquet permet de fêter dignement les épousailles et c’est finalement au cours de la nuit de noces que le mari pourra enfin voir le visage de sa femme (qu’il découvrira bien souvent pour la première fois).
Les rôles respectifs des mariés sont très clairs dans la société des Royaumes combattants. Le mari se doit d’honorer et de respecter sa femme, de l’entretenir décemment et de remplir son devoir conjugal. La femme doit obéissance à son mari, s’occuper des affaires courantes de sa maison (gestion financière, relations avec les domestiques, etc.) et surtout lui donner une nombreuse et robuste descendance, si possible de sexe masculin. La capacité d’une épouse à donner naissance et à s’occuper de nombreux garçons est le meilleur garant de sa réputation et donc d’un éventuel remariage en cas de divorce ou de veuvage.
Le concubinage est plus souvent l’affaire des notables et des riches fonctionnaires que des gens du commun, car un homme ne peut prendre plus de concubines qu’il ne peut en entretenir. Les hommes riches sont donc libres d’avoir de nombreuses concubines, celles-ci étant bien souvent achetées ou négociées pour prix d’alliances ou d’accords commerciaux, mais parfois aussi à cause d’une union stérile. La place des concubines dans la maisonnée est bien évidemment inférieure à celle de l’épouse officielle, à qui elles doivent respect et obéissance. Contrairement aux enfants de la femme, ceux des concubines doivent être reconnus par le père pour être considérés comme membres de la famille et avoir une place dans celle-ci (et cette place sera toujours inférieure à celle des enfants légitimes).

Répudiation et divorce

Un homme n’est libre de répudier son épouse que s’il peut justifier un tel choix. Une répudiation a la plupart du temps pour motif la stérilité d’une épouse, un cas d’adultère avéré, une maladie incurable ou un comportement menant en péril l’honneur de la maison (crime, folie, non-respect des beaux-parents). Une femme répudiée est considérée comme déshonorée et n’arrivera bien souvent pas à se remarier. Elle finit généralement prostituée, car en cas de répudiation elle ne touche aucune compensation financière…
Cependant, si le remariage d’un homme ayant répudié sa précédente épouse pour stérilité s’avérait tout aussi infructueux, cette dernière serait en droit de réclamer un dédommagement et la commutation de sa répudiation en divorce.
Lorsque l’épouse est issue d’une famille puissante ou influente, et afin de heurter celle-ci le moins possible, le mari peut également décider d’un divorce. Dans ce cas, la femme rentre dans sa famille sans que sa réputation en souffre, et elle est en droit de conserver la moitié de sa dot et la plupart de ses biens et domestiques. Elle est également en droit de se remarier, et les demandes peuvent être nombreuses si elle a prouvé lors de sa précédente union qu’elle était capable de mettre au monde des enfants mâles et de gérer efficacement une maison.

Les funérailles

La mort d’un membre de la famille est l’occasion d’une cérémonie religieuse visant à guider son âme sur le chemin de l’après-vie.
L’officiant à cette cérémonie est généralement un taoïste mais ce peut également être un chef de communauté, comme l’ancien du village. Le corps du défunt, paré de ses plus beaux habits, est placé dans un cercueil de bois puis mis en terre au cimetière local. Des prières sont dites et l’officiant recommande l’âme aux Rois des Enfers, leur demandant de rendre le séjour de l’âme dans le Feng Du aussi court et agréable que possible.
Une plaquette funéraire permet à la famille de recueillir une partie de l’âme du défunt afin qu’il continue à veiller sur elle, même après sa mort. Cette plaquette est placée sur l’autel familial consacré à la vénération des ancêtres et se voit accorder de nombreuses offrandes, principalement sous la forme d’encens brûlé dont la fumée est censée guider les prières vers l’âme du disparu. La fête de la Lumière Pure est l’occasion pour la famille d’entretenir les tombes de ses ancêtres et de leur apporter diverses offrandes afin de s’assurer de leur bienveillance.
Les riches et les notables se font construire de vastes mausolées, véritables demeures destinées à abriter leur âme après la mort. Ces monuments funéraires sont emplis d’objets usuels, de décorations et de serviteurs, sous la forme de petites statuettes en terre cuite nommées mingqi. De tels mausolées sont hélas bien souvent la proie de pilleurs de tombes, et les plus importants sont protégés par plusieurs pièges mortels afin d’éviter que l’âme du défunt ne soit dérangée par de tels malandrins.

La famille

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