Les habitations

Principes architecturaux et géomancie

Les fondements même de l’architecture du Zhongguo prennent leurs racines dans les anciennes croyances cosmologiques.
Ainsi, la Terre y étant représentée comme carrée et les constructions humaines se devant d’être la représentation de ce macrocosme universel, l’espace est imaginé sous forme de carrés emboîtés, série de mondes clos allant de la ville à la maison particulière, assurant un cadre au système social en mettant en perspective les liens entretenus par le Roi (celui qui réglemente l’architecture) avec l’univers.
Grande est l’importance de la géomancie dans la science architecturale, au point que pas un bâtiment ne peut se construire avant que les géomanciens aient déterminé, suivant les règles du fengshui, si la configuration du terrain, la nature du sol, le placement des arbres, roches et plans d’eau sont fastes et favorables à l’implantation d’un édifice. En effet, l’univers étant parcouru de flux d’énergie censés assurer santé et prospérité, les édifices et agglomérations doivent être façonnés en vue de capter au mieux cette manne cosmique.
Les règles de base de la science du fengshui comprennent entre autres la nécessité de bâtir selon un axe principal Nord-Sud afin d’assurer le passage des flux d’énergie, une symétrie reproduisant la nature duale de l’univers selon le Yin et le Yang, et le respect des rythmes cycliques de la nature afin d’intégrer harmonieusement les constructions au sein de l’environnement.

Villes et villages

Le lieu d’implantation d’une ville dépend d’un grand nombre de considérations aussi bien pratiques (présence de voies de communication, d’un point d’eau) que stratégiques (position aisée à défendre) mais aussi culturelles (valeur mythologique ou historique du site) et mystiques (emplacement décrété faste par les géomanciens).
La très grande majorité des villes des sept Royaumes présente la même organisation, héritée directement de la conception des cités-palais du temps jadis.
Construite selon un axe Nord-Sud, la ville est ceinte d’un rempart en pierre ou en terre damée, percé de quatre entrées faisant face aux points cardinaux. Les larges avenues, parfois pavées aux abords des bâtiments officiels, qui la strient et se croisent perpendiculairement servent de voies de circulation et permettent de délimiter les quartiers, d’organisation plus chaotique, véritables entrelacs de ruelles en terre battue et de bâtiments que l’on n’arrive le plus souvent pas à distinguer les uns des autres.
Ces quartiers regroupent les habitants par corps de métier ou activités et sont eux-mêmes fréquemment entourés d’un mur dont les portes sont closes la nuit. Les administrations, bâtiments officiels et demeures des fonctionnaires se trouvent dans un quartier dédié, situé en général au centre de la ville. Les palais habités par les personnages importants (magistrats, gouverneurs et même Rois) se situent quant à eux à l’extrême nord de la cité et peuvent presque être considérés comme de petites villes à part entière.
Diverses places sont situées çà et là, à la jonction des principales artères, et peuvent contenir de vastes marchés ou festivals. Certaines villes consacrent un quartier spécial à ces manifestations populaires.
Parcs et jardins entretenus sont nombreux, en particulier au centre, car ils permettent d’ajouter une touche naturelle à un ensemble urbain bien souvent étouffant.
En effet, les villes, particulièrement les plus importantes comme Handan ou Linzi, jouissent d’une activité quasi permanente. Les marchands interpellent les chalands depuis la devanture de leurs boutiques, des devins proposent leurs services contre quelques pièces, philosophes et érudits débattent à la terrasse des auberges, conteurs et artistes ambulants se produisent devant un public en mal de distraction et les rues et ruelles sont constamment encombrées d’animaux portant des marchandises, de palanquins traversant les quartiers, de chevaux ou mules déambulant nonchalamment, de soldats accomplissant leur ronde… A tous les bruits générés par ces activités s’ajoute celui produit par les divers ateliers, martèlement du métal ou sciage du bois, et cette cacophonie fait de la ville un lieu certes étrangement attirant et vivant mais aussi particulièrement épuisant.
Seule la nuit offre un peu de répit aux sens, bien que les quartiers des plaisirs et les auberges soient encore fréquentés jusqu’aux premières heures de la matinée, et que certains artisans travaillent jusque très tard dans la nuit…
Les villes de taille moyenne abritent de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d’habitants tandis que les cités importantes comme les capitales des Royaumes peuvent avoir une population dépassant la centaine de milliers d’habitants. Linzi, qui passe pour la ville la plus peuplée du Zhongguo, abriterait ainsi plus de trois cent mille individus !
Les villages sont situés à des emplacements proches d’une richesse naturelle, richesse qui assure en général la subsistance des villageois. Ce peut être un lac, une forêt, ou tout simplement des champs fertiles. Les villages ont ainsi une vie essentiellement agricole et sont principalement peuplés de paysans et d’artisans.
Bâti de façon moins formalisée que les villes, le village est organisé autour d’une vaste place qui sert autant au marché qu’aux éventuels débats entre villageois ou allocutions de personnages officiels. Les diverses maisons ou fermes sont construites autour, de façon plus ou moins anarchique, sans plan architectural précis, ce qui donne au village une allure brouillonne et éparpillée. Les limites de la commune sont marquées par un mur en terre damée, ayant plus vocation de délimitation que de défense.
Les habitants travaillant toute la journée aux champs, à la pêche ou dans la forêt, l’activité des villages n’est en rien comparable à celle des villes. Il n’y a qu’à quelques occasions dans l’année (Nouvel An, fête du dieu du Sol local, festival populaire) qu’ils s’animent et permettent à leurs habitants de se distraire, oubliant pour quelques jours les rigueurs de la vie campagnarde…
Les villages sont généralement peuplés de quelques centaines d’individus mais les bourgs les plus importants peuvent abriter jusqu’à deux mille habitants.

Maisons et appartements

De forme carrée, les maisons sont conçues de façon à préserver l’intimité de leurs occupants.
Bâties de plain-pied en pierre ou en terre et soutenues par des poutres et des colonnes de bois, elles sont recouvertes d’un toit de chaume à la campagne et de tuiles dans les villes. Pentu, ce toit est débordant afin de faciliter l’écoulement des eaux durant les saisons pluvieuses et de protéger du soleil durant les canicules. Le sol est en terre battue, fréquemment recouvert de nattes tressées ou tapis de paille. Les riches demeures possèdent du parquet ou des dalles de marbres.
Dans le Royaume du Chu, certaines maisons sont entièrement faites de bois et de bambou, et perchées sur pilotis.
La taille d’une maison dépend de son nombre d’occupants. La pièce sur laquelle débouche directement l’entrée est un salon servant à recevoir les visiteurs. Seuls les intimes sont invités à pénétrer plus avant dans une demeure. A proximité de cette première pièce se trouve un salon, qui peut également faire office de bureau et dans lequel se trouve l’autel des ancêtres. Les pièces plus intimes, comme les chambres, la salle à manger ou les commodités, se trouvent en retrait et protègent leurs occupants du tumulte du monde extérieur. La cuisine est située à l’écart des autres pièces, et elle comporte fourneaux et cheminée abritant la divinité du foyer.
Les fenêtres, de forme carrée elles aussi, peuvent être obturées par des volets en bois afin de se protéger du froid ou des intrusions.
Dans les villes, la place manque souvent pour loger les trop nombreux habitants. Ainsi, certains bâtiments sont composés d’appartements isolés, chacun possédant sa propre porte d’entrée vers l’extérieur. Ces appartements sont de taille fort réduite, ne convenant pas au logement d’une famille. D’une à deux pièces, ils sont en général habités par des étudiants ou des gens de condition modeste, sans enfants.

Manoirs et palais

Les manoirs sont de vastes habitations constituées de quatre bâtiments encerclant une cour centrale.
Le bâtiment d’entrée est celui qui permet de recevoir et loger les visiteurs. Celui du fond est considéré comme le bâtiment noble et il est de fait réservé aux membres importants de la famille, parents et grands-parents, tandis que les enfants vivront dans les bâtiments latéraux. Les domestiques sont logés dans des bâtisses annexes.
Dans ce genre de manoirs, il n’est pas rare que les bâtiments aient plus d’un étage, ce qui est un signe ostentatoire de richesse et de puissance, et que de superbes jardins entretenus soient situés derrière le bâtiment du fond. Les sols sont en bois précieux et les toitures en tuiles colorées. La cour centrale est pavée, parfois de marbre, et souvent ornée d’une fontaine ou d’un bassin.
Ces vastes demeures sont réservées aux riches marchands, aux orgueilleux fonctionnaires et parfois aux nobles déchus, dont elles constituent le seul vestige d’une gloire passée et ternie. Bien qu’on en trouve en ville, les manoirs sont le plus souvent construits en dehors des remparts des cités et à la campagne il peut ainsi parfois ne s’agir que de résidences secondaires, habitées durant de brèves périodes de l’année.
Les palais sont des constructions gigantesques, réservés aux Rois et à leur famille. Ceint de puissants remparts, le palais est la reproduction architecturale d’une ville, dont il a bien souvent la taille. Vaste complexe de pavillons reliés entre eux par des chemins ombragés bordant parcs et jardins, il permet de loger non seulement le Roi et sa famille, mais également les innombrables serviteurs, invités, ambassadeurs et concubines qui en font un lieu fourmillant de vie, siège du pouvoir mais aussi lieu de culte, de négociation, de commerce et d’intrigue.
Au sein du palais, les apparemment privée du Roi sont protégés par un mur et entourés de vastes jardins. Le gynécée se trouve non loin afin que le souverain ait facilement accès à ses concubines. Gravitant autour du logement royal, on trouve les nombreux pavillons servant à loger les invités prestigieux et à organiser festins et banquets. Enfin, près des murailles du palais se situent les logements des serviteurs et des eunuques, dont le nombre peut atteindre plusieurs centaines ! C’est dans ces bâtiments que sont préparés les repas et lavé le linge des innombrables occupants du palais. Divers autres pavillons ont de multiples utilités : salle des cartes, lieu de conférence, état-major des armées, bibliothèque royale, aire d’entraînement aux armes, réserves, etc.
Tous ces édifices, et même les résidences des serviteurs, sont luxueux : parquet de bois précieux au sol, poutres et colonnes décorées, toiture imperméable aux rigueurs du temps, etc. Reliés entre eux par d’innombrables chemins dallés, ces pavillons sont bordés de cours intérieures richement ornées et de jardins délivrant mille fragrances et fournissant un cadre idéal pour les rencontres discrètes, aussi bien amoureuses que diplomatiques. Un palais a souvent des allures de labyrinthe, dans lequel on peut aimer se perdre afin de gorger ses sens de dix mille beautés et senteurs.

Meubles et décoration

En ce qui concerne le mobilier des diverses demeures, on trouve des tables principalement dans les pièces de réception et les salles à manger. De forme carrée ou rectangulaire, celles-ci sont basses afin que chacun puisse y prendre place en s’asseyant ou s’agenouillant. Les lits sont constitués de planches de bambou ou de lattes de bois recouvertes d’un matelas de jonc ou de laine. Les couvertures sont en lin ou parfois en coton. Diverses armoires et commodes permettent de ranger accessoires et vêtements, tandis que des étagères de bois supportent livres et objets d’art. Les bureaux sont inclinés, afin de faciliter la lecture et la calligraphie.
L’éclairage est assuré par des bougies ou des lampes à huiles habilement disséminées afin de délivrer le plus de lumière possible, principalement dans les pièces de vie (bureau, salons, etc.).
Le chauffage se fait par des braseros disposés dons toutes les pièces, ou des baquets de bronze contenant des braises. Les cheminées servent plus à la cuisson des aliments que comme sources de chaleur mais elles peuvent constituer un bon chauffage d’appoint.
La décoration de la plupart des demeures permet d’honorer la nature. Un certain art floral consiste à enjoliver les pièces de la maison en disposant des bouquets de fleurs coupées, telles le jasmin, des orchidées ou de la pivoine. Esthétique et en accord avec la nature, ce type de décoration permet également de flatter l’odorat des habitants et visiteurs du lieu, et de mettre en valeur poteries et vases.
Mais la décoration peut également consister en l’exposition d’œuvres d’arts diverses : céramiques et bronzes, peintures sur rouleaux de soie, fresques dessinées à même les murs, calligraphies sur bois, etc. Luxueuses tentures et meubles travaillés participent également à la beauté de la demeure, dont les poutres et colonnes peuvent être décorées afin de participer à la beauté ambiante.
Évidemment, seules les familles aisées peuvent ainsi embellir leur intérieur, les gens modestes se contentant d’arrangements floraux peu onéreux et de meubles fonctionnels.
Mais la beauté d’une maison tient également au prix et à la rareté de ses matériaux de construction. Pour les gens du commun, un toit en chaume et un sol en terre battue recouvert de paille suffit.

Les habitations

Les amis de Mei Lin ryohkoh