Les mœurs

Place de la femme

Dans la société patriarcale du Zhongguo, la femme est considérée comme entièrement dépendante des hommes du début à la fin de sa vie et n’a le droit d’exercer aucune activité autonome (c’est-à-dire non supervisée par son père ou son mari).
La tradition veut que la femme ait Trois Vies et fasse preuve de Quatre Vertus :

« Obéissant à ses parents,
puis à son mari après avoir quitté
le nid familial,
à la mort de ce dernier,
ses enfants occuperont ses pensées. »

« Vertu de la bonne épouse,
elle assurera la descendance et sera
droite de corps et d’esprit,
Vertu du silence,
elle ne dira mot et
sera humble devant son mari,
Vertu des apparences,
elle veillera à être présentable et
jamais n’affichera l’indécence du corps,
Vertu de la tâche,
la maison est son domaine,
cette dernière reflète sa personne. »

Ainsi, une femme dépendra d’abord de ses parents, puis de son époux une fois mariée et enfin de ses enfants dès lors qu’elle sera veuve.
Ses rôles primordiaux sont d’assurer la descendance de la lignée de son mari et d’entretenir la demeure de celui-ci. Si elle peut être la conseillère de son époux, en aucun cas elle n’est autorisée à lui faire des remontrances. Enfin, elle devra toujours veiller à présenter une apparence avenante, afin d’entretenir le désir de son mari et de lui faire honneur en société.
Bien que semblant immuables, ces règles séculaires ne sont en pratique pas toujours respectées. Ainsi, une femme devenant veuve avant que le premier de ses fils ne soit majeur occupe de fait la place de chef de famille. Et la position de femme au foyer lui permet d’exercer une autorité non négligeable sur la maisonnée : c’est en effet à elle de gérer l’argent, d’engager des domestiques ou de décider des rendez-vous de son mari.
Bien qu’une femme ne puisse théoriquement pas exercer de métier, celles qui en ont reçu l’autorisation par leur mari peuvent occuper divers emplois : couturière, serveuse, sage-femme, etc.
Pour les femmes aux aspirations libertaires, éprises d’aventure et de sentiments, la seule solution est bien souvent de s’exiler dans le Jiang hu, le monde des arts martiaux. Fréquemment grimées en homme, elles y sont alors jugées non pas sur leur sexe, mais bien sur leur habileté guerrière ou leur intelligence. Et bien que cette société parallèle soit tout aussi patriarcale que celle des Royaumes, elle reste la seule échappatoire possible pour des femmes ayant rejeté le carcan dans lequel les hommes veulent les enfermer.

Amour et sexualité

La sexualité, ou art de la chambre à coucher, n’est en rien un tabou dans les Royaumes combattants.
Elle est avant tout vue comme un élément de l’harmonie naturelle entre l’homme et la femme, et donc un devoir sacré dépourvu de toute culpabilité. Parfois pourtant, cette liberté ne résiste pas aux réalités de la vie en société.
Ainsi on attend d’une jeune fille qu’elle arrive vierge à son mariage, afin que le futur mari soit sûr que le premier enfant soit bien de lui. Dans les campagnes cependant, cette règle est fort peu respectée, et filles et garçons découvrent la sexualité ensemble en toute innocence.

Le plaisir, autant masculin que féminin, revêt un caractère sacré hérité des croyances taoïstes. L’homme qui donne du plaisir à la femme lui permet d’exprimer son Yin, dont il se nourrira pour renforcer son Yang. Ceci aura pour effet un accroissement de la vitalité des deux partenaires et une meilleure santé. Bien des médecins préconisent à leurs patients soufflant de fatigue chronique d’avoir une vie sexuelle mieux remplie ! Il est également courant de penser que les enfants conçus lors de relations riches en plaisir sexuel sont plus robustes que les autres.

L’hygiène, et particulièrement l’hygiène intime, étant très stricte, limitant ainsi les épidémies de maladies sexuellement transmissibles, cette croyance qui veut qu’une sexualité épanouie soit le garant d’une santé parfaite n’a jusqu’ici jamais été contredite.

Les pratiques et positions sont très variées, et il existe de nombreux ouvrages sur la question. Ces « manuels du sexe » ayant pour vocation de préserver l’équilibre harmonieux de la maisonnée, ils donnent de nombreux détails sur les préliminaires et caresses, et ils décrivent différentes positions aux noms poétiques, censées favoriser le plaisir ou les chances de concevoir.
Sexualité orale et anale sont également très répandues, et font partie des techniques que se doit de maîtriser l’épouse ayant à cœur de garder son mari auprès d’elle, mais également la femme de mœurs légères ne souhaitant pas tomber enceinte.

La contraception, à base de diverses herbes et potions, est connue mais peu utilisée tant la nécessité d’avoir une descendance est au cœur des préoccupations de la société. Les femmes n’y ont recours qu’en secret, hormis bien sûr courtisanes et prostituées, et partagent entre elles les recettes les plus efficaces.

L’homosexualité, on s’en doute, est plutôt mal vue dans une société qui privilégie la continuation des lignées et qui fait de l’enfantement un devoir sacré. Le saphisme est cependant largement toléré dans les gynécées, les parfois très nombreuses concubines devant souvent attendre plusieurs mois avant de connaître les plaisirs de la couche. L’homosexualité masculine ne bénéficie pas d’une telle clémence, même si de nombreux jeunes gens découvrent la sexualité de cette manière, à un âge où filles et garçons doivent éviter de se fréquenter.

Courtisanes et prostituées

La prostitution revêt deux aspects dans les Royaumes.
Il existe d’une part les maisons de plaisir, dans lesquelles les yi ji, courtisanes raffinées, exercent leurs talents. Il s’agit de femmes d’une grande beauté et sachant faire montre de nombreux talents artistiques. Les hommes qui paient pour passer une nuit avec une yi ji le font avant tout pour jouir de la compagnie d’une femme versée dans les arts et à la conversation relaxante. En aucun cas une telle courtisane n’est obligée de coucher avec ses clients et elle reste libre d’accorder ses faveurs à qui elle le souhaite, généralement après avoir été l’objet d’une cour assidue. La clientèle de ce genre d’établissement est composée d’hommes riches ou influents, cherchant là à s’évader de la pression de leur vie quotidienne.
Puis il y a les bordels, regorgeant de femmes couchant avec qui les paie et dont la clientèle consiste essentiellement en gens du peuple, ouvriers, soldats ou petits artisans. Ceux-là ne viennent que pour assouvir leurs besoins, et les prostituées, les ji nù, sont là pour répondre à cette demande.
Légalement, il n’existe aucune différence entre ces deux types d’établissements. Dans la pratique évidemment, il en est tout autrement. Les maisons de plaisir se situent dans des quartiers réservés et bien surveillés tandis que les bordels essaiment dans les coins et recoins mal famés des villes. Les tarifs ne sont bien sûr pas les mêmes, attirant une clientèle bien différente. Enfin, la qualité des filles n’est aucunement comparable : les yi ji sont aussi raffinées et instruites que les ji nù sont rustres et sans talents autres que ceux de la chambre à coucher…
Si quelques courtisanes et prostituées ont volontairement choisi d’exercer cette profession, les occupantes du quartier des plaisirs sont le plus souvent des jeunes filles vendues par leur famille à un établissement de ce genre. Censées travailler jusqu’à ce qu’elles aient remboursé l’investissement de leur souteneur, elles deviennent rapidement prisonnières d’un mode de vie qu’il est difficile de quitter quand on ne sait rien faire d’autre, et continuent ainsi, par habitude ou peur du monde extérieur à faire de commerce leurs charmes…

Les mœurs

Les amis de Mei Lin ryohkoh